Notre premier article en anglais est disponible / Our first paper in English is out !

Voici notre premier texte en anglais, paru dans le Journal of pluralism and economics education (Vol. 5, No 4) / Here is our fist article in English, published in the Journal of pluralism and economics education (Vol. 5, No 4).

Il existe également une version courte de cet article, présentée dans le cadre d’une conférence de l’Institut pour une nouvelle pensée économique à l’OCDE. Cette dernière a été publiée sous le titre suivant : « From Terrible to Terrific Undergraduate Curricula ». Vous pouvez télécharger cette version au format PDF. / There is a very short version drafted as a conference paper for the Institute for New Economic Thinking Conference at the OECD. Last one was published with the title : « From Terrible to Terrific Undergraduate Curricula ». You can download this version in PDF format.

The case for pluralism: what French undergraduate economics teaching is all about and how it can be improved

Among the areas left largely unscathed by the 2008 financial crisis and subsequent never-ending recession, the teaching of economics ranks high. In spite of recurrent criticisms and concerns (ten years after the birth of the Post-autistic movement!), undergraduate curricula is still largely dominated by strictly technical approaches, with little effort to make contemporary economic issues accessible to economics students. Surprisingly, the crisis has not caused any changes to the teaching of economics, even though it called into question some of the core results of the dominant approach.

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Manifeste international signé par 44 associations de dix-neuf pays

Le collectif PEPS-économie, membre fondateur du mouvement « International Student Initiative for Pluralism in Economics » (ISPE), a contribué à l’élaboration et à la diffusion d’un manifeste qui paraît aujourd’hui dans la presse internationale (Le Monde, Le Guardian,  Süddeutsche Zeitung etc.). Nous invitons l’ensemble de la communauté universitaire, et au delà, à en prendre connaissance et à nous rejoindre pour engager dès à présent une refonte de l’enseignement de l’économie en France.


Pour un enseignement pluraliste de l’économie : l’appel mondial des étudiants

L’économie mondiale n’est pas seule à être en crise; l’enseignement de l’économie l’est aussi, et les conséquences de cette crise vont bien au-delà de l’université. Ce qui est enseigné aujourd’hui façonne la pensée des décideurs de demain et influence ainsi les sociétés dans lesquelles nous vivons. Nous, 44 associations et collectifs étudiants de 19 pays, croyons qu’il est grand temps de renouveler l’enseignement de l’économie. Nous sommes particulièrement préoccupés par l’étroitesse croissante des cursus. Ce manque de diversité intellectuelle ne limite pas seulement l’enseignement et la recherche, il limite notre capacité à penser les enjeux nombreux et divers du 21e siècle – de l’instabilité financière à la sécurité alimentaire en passant par le réchauffement climatique. Le monde réel doit réinvestir les salles de classe, de même que le débat et le pluralisme des théories et des méthodes. Cela est nécessaire pour renouveler la discipline et cela permettra de créer l’espace de discussion d’où pourront émerger les réponses aux défis des sociétés contemporaines.

Unis par-delà les frontières, nous appelons à un changement de cap. Nous ne prétendons pas apporter de solution parfaite, mais ne doutons pas que les étudiants en économie profiteront d’un accès à des perspectives et idées multiples. Le pluralisme n’aide pas seulement à dynamiser la discipline, la recherche et l’enseignement ; il porte la promesse d’une discipline économique utile à la société. Trois formes de pluralisme doivent être au centre des cursus d’économie: pluralisme des théories, des méthodes et des disciplines.

Le pluralisme théorique met l’accent sur la diversification des écoles de pensée enseignées dans les cursus. Il ne s’agit pas de rejeter une tradition établie ni de choisir un camp. Il s’agit d’encourager les débats fertiles et la confrontation critique des idées. Là où les autres disciplines embrassent la diversité et enseignent différentes théories même lorsque celles-ci sont incompatibles entre elles, l’économie est trop souvent présentée comme un corpus de savoirs unifiés. Bien sûr, la tradition dominante a sa propre diversité. Néanmoins, il ne s’agit que d’une seule façon de pratiquer l’économie et donc d’analyser le monde, ce qui serait inconcevable dans d’autres disciplines : personne ne prendrait au sérieux un cursus de psychologie qui n’enseignerait que la tradition freudienne ou un cursus de science politique se focalisant uniquement sur le socialisme. Un cursus d’économie complet devrait favoriser la structuration intellectuelle des étudiants dans une variété de cadres théoriques, des approches néoclassiques largement enseignées aux écoles classique, post-Keynésienne, institutionnaliste, écologique, féministe, marxiste et autrichienne – entre autres – toutes largement exclues. La majorité des étudiants en économie obtiennent leur diplôme sans s’être confronté à cette diversité intellectuelle.

Aussi, il est essentiel que les cursus incluent des cours obligatoires fournissant une contextualisation et un regard réflexif sur la discipline économique et ses méthodes. Ces cours incluent particulièrement la philosophie et l’épistémologie économiques, soit l’analyse de la construction des savoirs. En outre, parce que les théories économiques d’hier et d’aujourd’hui ne peuvent jamais se comprendre indépendamment de leur contexte historique d’élaboration, les étudiants devraient être systématiquement exposés à l’histoire de la pensée, aux textes fondamentaux ainsi qu’à l’histoire des faits économiques. Actuellement, de tels cours sont inexistants, ou relégués aux marges des cursus [comme le montre pour la France une étude approfondie réalisée par le collectif étudiant PEPS-Économie, voir le voir Le Monde du 17 avril 2013 ou https://pepseco.files.wordpress.com/2013/04/prc3a9sentation-matin-peps.pdf].

Le pluralisme méthodologique élargit les outils à la disposition de l’économiste. Il est évident que mathématiques et statistiques sont indispensables à la discipline. Néanmoins, les étudiants apprennent trop souvent à maîtriser ces techniques sans apprendre pourquoi et comment ils devraient les utiliser, sans discuter le choix des hypothèses d’un modèle ni l’applicabilité des résultats obtenus. Plus encore, des pans entiers de la réalité économique ne peuvent être appréhendés par l’utilisation exclusive de méthodes quantitatives : une analyse économique approfondie devra aussi s’approprier les méthodes des autres sciences sociales. Par exemple, la compréhension des institutions et des cultures serait largement améliorée si l’analyse qualitative jouissait du même statut que l’analyse quantitative en économie. La majorité des étudiants en économie obtiennent leur diplôme sans avoir été formés aux méthodes qualitatives.

Enfin, l’enseignement de l’économie doit inclure une perspective pluridisciplinaire et permettre aux étudiants de s’enrichir des apports des autres sciences humaines et sociales. L’économie est, en effet, une science sociale: les phénomènes économiques complexes ne peuvent se concevoir pertinemment s’ils sont présentés dans un vide sociologique, politique et historique. Pour discuter avec acuité des politiques économiques, les étudiants doivent comprendre l’impact social et les implications morales des décisions économiques.

Bien que les modalités du renouvellement de l’enseignement de l’économie soient fonction des réalités locales et nationales, certaines mesures favoriseraient la mise en œuvre concrète du pluralisme:

  • L’octroi de postes aux enseignants et chercheurs susceptibles d’apporter une diversité théorique et méthodologique dans les cursus
  • L’élaboration de supports pédagogiques tels qu’un manuel d’économie pluraliste
  • L’institutionnalisation de coopération entre unités de formation et de recherche de différentes sciences sociales et la création d’unités interdisciplinaires mélangeant l’économie et ses disciplines sœurs.

Le changement sera difficile, il l’est toujours. En réalité, il est  déjà en marche. Partout dans le monde, nous, étudiants, avons commencé à le mettre en œuvre pas à pas. Nous organisons des séminaires, des ateliers, des conférences ; nous analysons les cursus actuels et proposons des alternatives concrètes ; nous nous administrons à nous-mêmes et à d’autres les cours nouveaux que nous souhaitons voir apparaître dans les curricula officiels. Nous avons créé des groupes dans des universités du monde entier et construit des réseaux nationaux et internationaux, tels que l’Initiative Etudiante Internationale pour l’Economie Pluraliste.

Le changement viendra d’origines multiples. Nous appelons les étudiants, les économistes confirmés, les non-économistes, à nous rejoindre pour créer la masse critique nécessaire. Le site de l’Initiative Etudiante Internationale pour l’Economie Pluraliste permet de se renseigner et de nous contacter. Le pluralisme en économie est une condition nécessaire à un débat public honnête et ouvert. Le pluralisme en économie est une condition de la démocratie.

L’Économie Politique : L’enseignement de l’économie dans le supérieur: bilan critique et perspectives

Notre article L’enseignement de l’économie dans le supérieur: bilan critique et perspectives comprenant l’étude réalisée par PEPS sur l’état de l’enseignement de l’économie en France ainsi que nos propositions pour une licence alternative et pluraliste a paru dans le numéro 58 de L’Économie Politique (2013/2).

Il est également accessible en ligne : L’enseignement de l’économie dans le supérieur: bilan critique et perspectives